Agriculture : Les ministres dans les champs

Le président de la République dit à qui veut l’entendre que le domaine agricole est la priorité de ses priorités. Il le clame depuis qu’il est le locataire du palais Sékhoutouréyah. Mais également, il s’efforce de matérialiser cet engagement en débloquant une somme conséquente pour venir en aide aux paysans. Cet argent a alors servi à fournir les engrais, les semences et autres herbicides. De leur côté, les agriculteurs se sont attaqués à leurs champs. Puis à quelques mois des récoltes, comme il l’avait fait au lancement de la campagne agricole, le chef de l’Etat déploie son équipe gouvernementale dans les différents champs, pour une évaluation. Résultats : de l’engagement certes, mais quelques problèmes.

Depuis quelques semaines, c’est une véritable chassée croisée des membres du gouvernement en direction des différentes zones agricoles de l’intérieur du pays. Quasiment, dans chacune des éditions du journal télévisé du soir, les téléspectateurs ont droit à la diffusion d’au moins un compte-rendu du déplacement d’un des ministres dans un champ. Au passage, on peut apprécier cette initiative qui permet notamment à ces grands commis de l’Etat de goûter au quotidien peu paradisiaque que vivent nombre de Guinéens, loin des grandes rues et autres établissements à plusieurs niveaux des centres urbains et plus particulièrement de la ville de Conakry.

A Mamou par exemple, Madame le ministre du Travail et de la Fonction Publique a dû se rendre compte de l’effet de l’enclavement de certaines zones champêtres mais également de celui de l’absence relative des ouvrages de franchissement, au niveau de certains cours d’eau.

Mais au-delà de ces pittoresques remarques, on aura globalement remarqué des champs couverts de verdure. Une situation qui peut sans doute impressionner une large partie de l’opinion nationale. Surtout si l’on y ajoute les commentaires des reporters des médias d’Etat. Cependant, dans certains espaces, la présence de quelques éclaircies n’aura pas échappé aux observateurs.

Pourtant, le caractère clairsemé de quelques espaces rizicultivés n’est pas le seul problème que l’on peut déplorer dans cette campagne agricole. Les différents intervenants ont également mis en exergue quelques lacunes que cette dernière enregistrerait. On a en tout premier lieu, la question de la gestion des fonds que les paysans doivent verser en contrepartie des intrants à eux livrés. Dans certaines préfectures, le recouvrement et surtout la gestion de cette manne financière souffriraient de quelques soucis. De même, la qualité de certains intrants et le retard avec lequel ils ont été livrés dans certaines zones, ont été dénoncés par certains responsables de la campagne à l’intérieur du pays. Dans la plupart des cas, les superviseurs ne disposeraient pas également de moyens de déplacements. Du coup, beaucoup ont profité du passage de nos confrères de la RTG pour solliciter les motos dont on avait parlées à la phase initiale de la campagne agricole. Outre toutes ces insuffisances, les paysans ont massivement regretté le fait que les tracteurs qui, eux aussi, avaient été promis n’aient pas été effectivement livrés. Les plaignants indiquent alors comme conséquence de cette promesse non tenue, la relative faiblesse des surfaces mises en valeur. Car, se lamentent-ils,en substance, ils n’ont pas pu supporter les frais que leurs demandaient les prestataires privés qui demeuraient leur ultime recours.

Comme on le voit, si l’engagement en faveur de l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, via le redéploiement des gros moyens en faveur du secteur agricole, parait hautement louable, par contre, la première expérience ne manque d’insuffisances concrètes. Bien entendu, on peut toujours arguer que ces dernières sont consécutives au fait qu’on en est à la première expérience. Un argument qui n’est recevable qu’en partie.

 Fodé Mara pour CONAKRYONLINE

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