Beny Steinmetz et Alpha Condé : Quel jeu de puissances !

Le milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz dont la concession du riche gisement de fer des monts Simandou a été expropriée par la Guinée pour cause de corruption allégée a porté plainte devant la Cour Supérieure de la Grande-Bretagne contre le ministre de l'Intérieur et la brigade anti-corruption (Serious Fraud Office) de l'Angleterre. Tels sont les derniers développements de la saga juridique qui oppose deux milliardaires que sont Georges Soros et Beny Steinmetz qui utilisent la Guinée comme champ de bataille. Dans un communiqué rendu public dans l’après-midi du vendredi, 12 décembre 2014, la société BSGR annonce qu'elle demande une révision judiciaire de la décision de Mme Theresa May, la ministre de l'intérieur de la Grande Bretagne et du bureau de la brigade Anti-corruption pour accéder à la demande d'aide de la Guinée dans les allégations de corruption dont BSGR fait l'objet sur les conditions d'acquisition du gisement de fer de Simandou en 2008.

Selon les accords internationaux de lutte contre la corruption, les Etats signataires sont tenus de s'entraider dans les dossiers d'enquête de grande corruption. En effet, c'est dans le cadre de la lutte contre la corruption transfrontalière que la brigade anti-corruption (Serious Fraud Office) a été créée en 1987, suite à un amendement du code criminel britannique. La brigade est responsable des enquêtes et des poursuites judiciaires des « cas graves ou complexes de fraude et de corruption » qui mettent en jeu des sommes supérieures à un million de livres sterling (1,57 millions de dollars américains) ou qui impliquent des juridictions transactionnelles.

C'est dans ce cadre que la Guinée a déposé une demande d'entraide mutuelle auprès du gouvernement de la Grande Bretagne qui est tenu de l'examiner. Mais selon la logique de BSGR, la requête de la Guinée est « motivée politiquement » car, selon la compagnie, il n'y a pas eu de corruption dans l'obtention du gisement, mais le président Alpha Condé se lancerait dans une vendetta contre elle pour lui retirer la concession de Simandou et l'octroyer à ses soutiens politiques qui – toujours selon BSGR – auraient aidé le président Condé à « voler les élections en 2010 ».

En conséquence, la firme demande au juge de la Cour Supérieure de la Grande Bretagne d'annuler la requête de production de documents qui lui a été adressée par courrier par le bureau du procureur de la Grande Bretagne. Selon les avocats de BSGR, le procureur demande 180.000 documents qui coûteront plus de 500 mille dollars à délivrer. BSGR aussi accuse le ministre de l'Intérieur de n'avoir pas évalué la requête du gouvernement guinéen « corrompu » qui serait – selon BSGR – « sans mérite ».

BSGR avait aussi émis la même défense en Suisse lors du raid dans ses bureaux du bureau suisse anti-corruption et avait menacé le gouvernement suisse de poursuite si les documents saisis sont transmis à la justice guinéenne qu'il qualifie d'être « à la solde du président Alpha Condé ».

Même si la tactique de Beny Steinmetz semble osée, elle n'est pas sans précédent : en juillet dernier, les frères Robert et Vincent Tchenguiz – des milliardaires juifs iraniens établis en Angleterre – ont obtenu réparation après une poursuite contre la même brigade anti-corruption qui avait fait une descente spectaculaire dans leurs bureaux et même arrêté un des frère dans un dossier d'allégations de corruption lié à la faillite d'une banque islandaise lors de la crise financière de 2008. La bridage anticorruption (SFO) avait payé aux Tchenguiz la somme de 4,5 millions de livres sterling (7.08 millions de dollars américains) de dommages et intérêts et leurs frais d'avocats en plus de leur présenter des excuses publiques. Le juge avait qualifié le SFO d'« incompétent ».

BSGR a porté plainte contre la Guinée à Washington devant le Tribunal de la Banque Mondiale pour le règlement des différends commerciaux. Rio Tinto poursuit Vale et BSGR devant un tribunal new yorkais. Vale poursuit BSGR à Londres. Beny Steinmetz poursuit Soros et ses ONGs à Londres. Rio Tinto qui a confirmé ses droits sur le versant sud de Simandou après avoir payé 700 millions de dollars au Trésor public guinéen en 2010, n'a toujours pas présenté d'études de faisabilité sur le projet qui se chiffre à des dizaines de milliards de dollars. En somme, des jeux de puissances que les avocats apprécient bien l’évolution.

Joe Touré (avec agence) pour Conakryonline.com

Top Top