Le pays est aujourd’hui dans un véritable blocage dont personne ne sait comment et quand en sortir. Et ce qui symbolise le plus cette situation de blocage, c’est l’absence des partis politiques de l’opposition aux journées de concertation qui se tiennent actuellement au palais du peuple. L’éclair qui a jailli du discours du président Alpha Condé, le 18 juillet dernier, n’aura pas vécu longtemps. En effet, à l’issue de cette adresse, plus d’un Guinéen pensaient que le consensus autour du fichier électoral étant quasiment acquis, le pays irait tranquillement vers les élections législatives. Hélas ! Aujourd’hui, les désaccords ont repris de plus belle, se multipliant à l’infini. Alors qu’hier, c’était le fichier électoral qui cristallisait toutes les passions, aujourd’hui, la CENI, les conseils communaux et communautaires limogés ainsi que la question des détenus politiques viennent s’y ajouter. De même, les positions se sont radicalisées et raidies. Au passage, on note que certaines de ces positions évoluent au gré des intérêts des uns et des autres. Autour du fichier électoral notamment, si le président de la République a dit accepter la révision, comme le réclamaient ses adversaires, on a cependant l’impression en l’écoutant, qu’en réalité, dans le fond, il demeure encore fidèle à ses positions de départ. C’est comme s’il n’avait concéder que sur l’intitulé formel de la démarche. Car, il continue à insister sur la nécessité de faire voter tout le monde, d’éliminer les doublons et toutes les autres imperfections dont le fichier serait truffé. En face, l’opposition n’est guère plus compréhensive. Pensant naïvement que le chef de l’Etat avait cédé sous sa seule pression et que l’occasion était belle pour lui faire avaler toutes les revendications, elle a accueilli la concession de ce dernier en décuplant ces exigences. Demandant notamment qu’avant toute révision électorale, qu’il y ait d’abord un audit du nouveau fichier et la mise en place d’une commission paritaire pour une gestion concertée de la dite révision. Alors qu’on ne s’était pas encore remis de ce nouveau point de blocage en perspective, la CENI décidait d’élire à sa tête Louncény Camara. De la part de l’opposition, c’est le tollé. Pour elle, il n’est pas pensable que celui-ci, eu égard à tout son passé, soit à la tête de la commission électorale nationale indépendante. Contre cet argument, l’intéressé brandit l’indépendance de l’institution que tout le monde défend et proclame à cor et à cri. Il ajoute que son élection a eu lieu au cours d’une plénière librement initiée et organisée par les commissaires. Pour lui, la validité de l’élection se justifie également par la présence lors de la cérémonie, d’un huissier de justice. On notera à propos que récemment, quand le CNT a eu envie restructurer la CENI, des voix s’étaient élevées à la fois de l’opposition guinéenne et de l’institution en question pour dénoncer l’initiative et la démarche. Même du côté du gouvernement, on ne s’y guère montrer enthousiaste. Face aux assauts répétés, le conseil national de Transition a rangé son projet dans les tiroirs. Pour sa part, après une brève annonce médiatique en faveur de sa disposition à instaurer le dialogue et la concertation, le gouvernement a reculé sans en donner les raisons. C’est comme s’il ne s’était agi que d’un effet d’annonce seulement. Sollicitée par le collectif des partis politiques pour la finalisation de la Transition, la société civile essaie alors de prendre le relais. Mais très vite, sa démarche est dénoncée et rejetée par les principaux opposants. Ces derniers estiment en effet qu’il faut tout d’abord qu’il y ait un cadre de concertation exclusive entre eux et le pouvoir en place. Alors que la société civile, à travers le mouvement social, optait plutôt pour un dialogue inclusif impliquant notamment les formations politiques soutenant le président de la République. Conséquence, le 10 août 2011, s’ouvrent au palais du peuple des journées de concertation auxquelles l’opposition décide de ne pas prendre part. Or, c’est cette première prise de contact qui devait permettre de poser tous les problèmes. Maintenant que ce rendez-vous là est désormais raté, personne ne peut dire comment et quand les autres sujets vont être posés. Ou même s’ils le seront jamais ? En attendant, cette situation s’ajoutant à l’ambiance tendue qui prévaut depuis l’attaque contre la résidence du président de la République, le climat politique est complètement crispé. Un contexte loin de préfigurer des élections législatives sereines et apaisées. Finalement, tout cela ressemble étrangement a du déjà vécu. Pour le plus grand malheur de la Guinée et des Guinéens. Bb
Mafering Soumah pour CONAKRYONLINE