Ebola en Guinée : Macky Sall joue la carte de l’apaisement

Saisissant l’occasion du séjour de la secrétaire d’Etat française chargée du développement et de la Francophonie, Annick Girardin qui mettra par la suite, le cap sur Conakry, le Président de la République du Sénégal a cherché à jouer la carte de l’apaisement. Des propos qui tranchent avec sa sortie médiatique contre l’étudiant guinéen qui a malencontreusement introduit le virus Ebola au pays de la Teranga. Heureusement que notre compatriote a recouvré la santé après à sa mise en quarantaine au centre hospitalier de Fann de Dakar et aux soins à lui prodigués.

Dans cette interview accordée à des confrères sénégalais et français, Macky Sall revient sur le cas de ce vacancier. Il a affirmé que les autorités de son pays sont « en concertation avec les autorités de Conakry, nous étudions les voies et moyens d'un retour correct ». En attendant, selon le Chef de l’Etat sénégalais, « il [l’étudiant guinéen ; NDLR] ne sera pas rapatrié dans l'immédiat ».

Macky Sall a, par ailleurs condamné, toute stigmatisation des commerçants guinéens et, dit-il, « J'en appelle donc au respect du prochain ».

Conakryonline propose cette interview du Numéro Un sénégalais, le dimanche, 14 septembre 2014 : 

« Avez-vous pris une décision quant au sort de ce jeune ressortissant guinéen ?

Macky Sall : Je n'ai aucune envie que l'on se précipite pour le renvoyer chez lui. Notamment du fait de la stigmatisation que suscite Ebola. Se pose aussi la question de sa sécurité et de son acheminement. Voilà pourquoi, en concertation avec les autorités de Conakry, nous étudions les voies et moyens d'un retour correct. Cela posé, il ne sera pas rapatrié dans l'immédiat.

Jugez-vous le Sénégal désormais à l'abri de ce fléau ?

Je l'ai dit voilà trois semaines : aucun pays n'est à l'abri dans un contexte de migrations et de voyages transfrontaliers. Reste que nous avons mis en œuvre un dispositif de riposte, fondé sur une prise en charge immédiate de tout cas suspect. De même, le Sénégal s'attache à renforcer son dispositif sanitaire et à faire bon usage des moyens de communication.

Il aura fallu attendre le 8 septembre, soit plus de cinq mois après la réapparition de l'épidémie, pour que l'Union africaine (UA) convoque une "réunion d'urgence". Pourquoi un tel retard ?

Cinq mois, c'est beaucoup trop, même si l'UA avait d'emblée engagé une réflexion sur le sujet. A l'échelon régional, la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) a réuni un sommet à Accra (Ghana) dès juin-juillet. Pour notre part, nous avons accepté l'établissement de couloirs humanitaires afin que les médecins, les agents de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) et du PAM (Programme alimentaire mondial) puissent accéder aux pays affectés, dont il faut reconnaître qu'ils sont difficiles d'accès.

Quand ces couloirs seront-ils opérationnels ?

Ils devraient déjà l'être. Leur mise en œuvre est imminente.

Certains commerçants guinéens se plaignent d'être la cible d'une forme d'ostracisme.

Je condamne fermement tout comportement visant à ostraciser une communauté. Ce n'est pas parce que le cas détecté chez nous vient de ce pays que tous les Guinéens doivent être considérés comme porteurs potentiels du virus. J'en appelle donc au respect du prochain.

Dans la sous-région, le "chacun pour soi" national a parfois semblé prévaloir sur  l'impératif de solidarité.

Ebola a été terrifiant. Comme le choléra voilà un demi-siècle. Il n'existe pas de remède ; le taux de mortalité peut avoisiner les 80%. Les gens ont peur de l'inconnu. Certains pays se sont donc barricadés. Nous-mêmes avons, par mesure de précaution, bouclé nos frontières. Le Cap-Vert, le Rwanda ou le Cameroun ont fermé les leurs aux citoyens sénégalais. Ebola a déclenché une panique planétaire, plus que de raison d'ailleurs. Mais une fois le vent de panique passé, nous devons tous reprendre nos esprits et développer un système de résilience. Je lance donc un appel en faveur d'une véritable solidarité internationale. Il faut notamment parvenir à décloisonner les régions touchées.

Pouvez-vous miser, au Sénégal, sur le concours des autorités traditionnelles, notamment confrériques ?

Nous avons déjà mobilisé ces autorités religieuses et coutumières, afin de diffuser les messages de prévention. Et de dissiper les phobies. Car il est vrai qu'aujourd'hui, il suffit que quelqu'un tousse pour que l'on entende "C'est Ebola !" Une certitude : le Sénégal est prêt ».

 

Bangaly Sylla, pour Conakryonline.com

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