Ebola – Plaidoyer de François Hollande : « les pays qui sont concernés ne doivent pas être isolés »

En escale à Paris, le Président Alpha Condé a rendu une visite à son homologue François Hollande. Certes, « à l’improviste », le Chef de l’Etat guinéen a mis à profit ce passage pour remercier son hôte pour sa disponibilité à soutenir les efforts de riposte à l’épidémie de la fièvre Ebola qui, comme l’a souligné François Hollande, « a fait de nombreuses victimes. A peu près 3000 dont 700 en Guinée », précise-t-il. Alpha Condé revenait de New York où il a pris part à la 69ème session de l’Assemblée générale des Nations-Unies et à d’autres rencontres de haut niveau sur cette maladie. On comprendre donc que la séance de travail entre les parties française et guinéenne se soit aussi déroulée autour de la gestion efficiente de l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Ebola.

Devant la presse, les deux hommes politiques ont fait des déclarations que propose Conakryonline :

François Hollande : « Mesdames, Messieurs, le Président Alpha Condé fait face à une situation très difficile. Mais nous sommes à ses côtés pour que la Guinée puisse la surmonter. Il y a en effet un virus que chacun connait, Ebola. Il a fait de nombreuses victimes. A peu près 3000 dont 700 en Guinée. Mais il y a eu aussi une très forte mobilisation et une très grande solidarité, notamment entre la France et la Guinée.

La France a consacré 35 millions d’euros pour la lutte contre cette épidémie – le double si on ajoute nos financements dans les institutions multilatérales. Et puis il y a ce que font l’Union européenne, l’Organisation mondiale de la santé, l’institut Mérieux qui a identifié le virus et l’institut Pasteur qui s’installe maintenant de manière durable à Conakry, grâce à l’Agence française de développement.

J’ai décidé que nous installerions un hôpital de campagne, c’est-à-dire un troisième centre de traitement en Guinée forestière, là où sont concentrés le virus et l’épidémie. 25 médecins français vont aller travailler en Guinée, pour consolider aussi son système de santé.

Mais, et c’est le message que le Président Alpha Condé et moi-même voulions passer, les pays qui sont concernés ne doivent pas être isolés, ils doivent rester ouverts. C’est la raison pour laquelle la ligne Air France continue de fonctionner. Nous ne voulons surtout pas que le pays puisse être isolé, car son économie doit travailler. Cela serait finalement le pire service que nous rendrions à la Guinée que de la confiner.

D’ailleurs, les ONG françaises, comme Médecins sans frontières, travaillent remarquablement et obtiennent des résultats. Le dévouement est à la hauteur de ce que nous pouvons faire aussi pour les guérisons.

J’ai plaidé, comme Alpha Condé, aux Nations-Unies pour que la mobilisation s’intensifie. La Banque mondiale joue un rôle majeur. Je crois que le Président voudra la saluer. Le Président des Etats-Unis Obama, a également contribué à cette prise de conscience qu’Ebola nous concernait tous. Le Conseil de sécurité a même adopté une résolution qui considère qu’Ebola est une menace pour la sécurité du monde.

Je souhaite envoyer un message de confiance, malgré toutes ces difficultés. La Guinée a de nombreux projets de développement, les entreprises doivent continuer à y investir, l’économie doit se développer. Nous avons confiance dans l’avenir de la Guinée. C’était le sens de cette visite que nous avons improvisée : accélérer pour bien montrer le lien qui unit la France et la Guinée.

Avec cette épidémie, nous sommes tous concernés. Pas simplement la Guinée ! Si elle se diffuse, c’est l’ensemble des pays de l’Ouest de l’Afrique et donc, à un moment ou à un autre, l’Europe qui seront concernés. D’où la mobilisation qui s’est organisée et qui commence à porter ses premiers résultats.

Merci au Président d’être venu ici, une nouvelle fois, nous appeler à une solidarité qui est totale concernant la France ».

Le Président Alpha Condé a renouvelé la reconnaissance de Conakry à tous ceux qui expriment d’une façon ou d’une autre leur solidarité à la Guinée et aux autres pays confrontés à la fièvre Ebola.

En quatre (4) points, il a fait savoir sa vision de la gestion de la fièvre Ebola :

- la fièvre à virus Ebola est certes une maladie grave cependant, ce n’est pas une fatalité ;

- le renforcement du système de santé de la Guinée ;

- l’impact de la maladie sur l’économie du pays et

- le changement de communication qui doit passer de celle alarmiste à celle plus responsable.

Pr. Alpha Condé : « Je dois d’abord présenter mes condoléances à la France pour ce qui est arrivé en Algérie et dire aussi que la France a notre total soutien dans la lutte contre le terrorisme. Nous sommes en train de former un bataillon au Mali.

Mais je suis surtout venu pour reconnaître tout l’effort que la France a fait pour nous. Non seulement pour rendre hommage aux médecins français de "Médecins sans frontières" qui sont sur le terrain malgré le danger, mais pour toute l’aide que la France nous a apportée, notamment en maintenant le vol Air France entièrement, en ouvrant l’école française. Aujourd’hui nous souhaitons aussi, comme je l’ai dit au président, que la Croix rouge soit présente, parce que la Croix rouge a une expertise.

Evidemment, grâce à la mobilisation du Président Hollande, aujourd’hui les Nations Unies ont pris en main. Le Conseil de sécurité a voté avec le soutien de 130 Etats. Le Président OBAMA a fait un discours très fort comme le Président de la Banque mondiale qui est un expert des épidémies.

Nous demandons aujourd’hui 4 choses.

- D’abord, Ebola est une maladie grave mais ce n’est pas une fatalité. On peut guérir d’Ebola. Plus tôt vous êtes pris en charge, plus vite vous pouvez guérir.

- Ensuite, nous devons renforcer notre système de santé pour qu’à l’avenir, pour n’importe quelle épidémie, nous puissions faire face nous-mêmes.

- La troisième chose, c’est l’effet négatif sur notre économie au moment même où la Guinée vient de ratifier tous les contrats miniers. Mais nous pensons que si la mobilisation se fait rapidement, selon les promesses, nous pouvons éradiquer Ebola très rapidement.

- La quatrième chose, c’est de changer la communication. Quand on écoute CNN 24h sur 24, cela crée la panique. Il est vrai aussi que les autres pays africains ont paniqué en fermant les frontières. Mais je pense que la raison commence à revenir parce que le Président de Côte d’Ivoire – qui est mon frère et mon conseiller économique – a décidé d’ouvrir les vols. Le Président Sassou a dit la même chose. Je les ai donc remerciés.

Nous pensons que la communication doit changer. Il faut que les investisseurs puissent revenir en Guinée. Le voyage de Mme Girardin [Annick, Secrétaire d'État au Développement et à la Francophonie ; NDLR] a été un moment très fort parce qu’elle a passé un message très fort. Mais nous souhaitons que d’autres ministres puissent venir pour montrer que l’on ne meurt pas d’Ebola en Guinée.

Je tenais vraiment à remercier le président Hollande de sa disponibilité. Ce matin, je l’ai juste informé que j’étais de passage et que je passais à l’improviste. Il a beaucoup de problèmes et beaucoup de choses à faire malgré cela…

Il m’a fait l’amitié de me recevoir aujourd’hui. Je lui en suis très reconnaissant. Il est vrai que nos relations remontent de longue date. J’espère que chacun de nous va continuer dans la durée à pouvoir apporter le meilleur au peuple français et au peuple guinéen.

En tout cas, je remercie l’ensemble du gouvernement français, la Croix rouge, Médecins sans frontières et le peuple français pour leur soutien. Merci ».

Joe Touré,  pour Conakryonline.com

 

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