Fièvre Ebola : Rencontre avec le Dr Sylvain Baize

Depuis quelques mois déjà, une fièvre hémorragique a fait son apparition dans le sud de la Guinée. L’alerte a été donnée par la presse qui la qualifiait de « "maladie mystérieuse" qui fait des victimes dans la région forestière du pays ».   Suivra la réaction des autorités sanitaires à qui avait-il manqué toute politique de communication d’urgence. Cependant, des échantillons seront prélevés pour être expédiés en France dans des laboratoires spécialisés.

Lors de son séjour en Guinée, Dr Sylvain Baize, Directeur du Centre de recherche de la Fièvre hémorragique en France, s’est prêté aux sollicitations impromptues de Conakryonline. Il a tout d’abord confirmé la démarche annoncée ci-haut : « On avait été sollicités par les autorités de santé guinéennes et par Médecins Sans Frontières pour essayer de comprendre à quoi était due la fièvre hémorragique qui sévissait en Guinée forestière.  

Quelques jours plus tard, le résultat tombe. Sylvain Baize : « On a rapidement mis en évidence le virus Ebola comme agent responsable de cette maladie ».

Ce qui était qualifié de "maladie mystérieuse", n’est donc, en réalité que la fièvre hémorragique Ebola dont le virus a été découvert dans les années 70 au Zaïre, actuelle République Démocratique du Congo.

Selon ce médecin-chercheur, « Sur le terrain, le constat est aujourd’hui que les autorités de santé, le gouvernement et puis les partenaires ont mis en place les mesures qui sont nécessaires au contrôle rapide de cette épidémie ». Il conseille : « Pour que ces efforts soient couronnés de succès, il faut également que la population soit très compréhensive et très répondante par rapport à ces mesures et par rapport aux messages de prévention qui leur est donnés par les media ».

Dr Sylvain Baize de certifier d’autre part, qu’« Effectivement, le virus Ebola qui sévit actuellement en Guinée est bien l’espèce la plus mortelle qui soit des virus Ebola. Il tue entre 70 et 80% des malades, malheureusement ».

Dr Baize de toutefois relativiser : « Ceci dit, toute maladie ne tue pas tous les malades. Et donc, on voit des gens qui survivent. Ils survivent parce que l’organisme met en place des moyens de défense contre ce virus. Une défense naturelle que l’on appelle défense immunitaire. Donc, les personnes qui survivent le font grâce à ces défenses mais, ils le font également parce qu’ils reçoivent des soins à l’hôpital ».

Dr Sylvain Baize est aussi conscient des limites actuelles de la médecine : « Evidemment, ces soins ne sont pas dirigés contre le virus, puisqu’on n’a pas de traitement spécifique contre le virus. Néanmoins, les soins qui sont prodigués par les personnels hospitaliers augmentent considérablement les chances de survie des patients. C’est pour ça qu’il est important de se rendre à l’hôpital quand on a la fièvre Ebola pour protéger ses proches mais aussi pour augmenter ses chances de survie ». 

L’interlocuteur rassure : « Un patient atteint par le virus Ebola n’est contagieux que lorsqu’il est malade, une maladie qui est déjà bien engagée. C’est-à-dire qu’un patient qui n’est pas encore malade, qui est en phase d’incubation ne sera pas contagieux et de même, une personne qui sera guérie, qui sera sortie de l’hôpital ne sera plus contagieuse pour ses proches et pourra reprendre une vie normale ».

Dr Sylvain Baize de conseiller : « Il ne faut surtout pas stigmatiser les patients qui sortent guéris ; au contraire, il faut être plutôt à leurs côtés pour essayer de les aider à reprendre une vie normale. Donc, la contagion est vraiment liée à la période de maladie puisque le virus se transmet par contact avec les liquides biologiques d’un patient qui est malade : le sang et autres ».

Il fera également le point de l’audience que le Président de la République lui a accordée et au cours de laquelle lui et sa suite ont discuté « de ce qu’on sait du virus, on lui a parlé de la situation actuelle et puis, on a aussi envisagé avec lui quelles seront les mesures à mettre en œuvre par la suite, puisqu’évidemment, on sait que maintenant le virus Ebola circule en Guinée. Donc, il va falloir être très prudent à l’avenir et très vigilant pour éviter des nouvelles introductions de ce virus dans la population humaine et éviter de nouvelles épidémies. Donc, des mesures très simples qui pourront être mises en place quand l’épidémie sera contrôlé ».   

C’est pourquoi, conseille-t-il, de précautions s’imposent-elles : « La contamination se fait par contact avec les liquides biologiques?: sang, selles, vomissures, larmes, salive et éventuellement transpiration… Les règles d'hygiène sont les mêmes que pour toutes les maladies infectieuses. Il faut éviter de toucher des malades dans un hôpital. Les médecins portent des gants, masques et lunettes. Il faut éviter les contacts avec les personnes fébriles et malades. Enfin, il ne faut pas participer à des rites funéraires où on serait amené à toucher le corps ou les vêtements de personnes décédées à cause du virus ».

D’après Dr Sylvain Baize, « le patient zéro, à l'origine de l'épidémie aurait été identifié par des chercheurs britanniques. Selon eux, il s'agit d'un jeune guinéen de deux ans décédé le 6 décembre 2013 dans le village de Guéckédou, dans le sud-est de la Guinée ».

Pour l'identifier, expliquent les chercheurs dans leur étude, « Nous avons effectué une enquête épidémiologique de retour en arrière des chaînes de transmission en passant en revue les documentations de l'hôpital et des entretiens avec les familles touchées, les patients avec suspicion de maladie et les habitants des villages où des cas se sont produits ». Il est rapporté que « leurs travaux suggèrent ainsi une seule introduction du virus dans la population humaine. Les recherches pour identifier la source animale sont en cours. Les réservoirs potentiels sont vraisemblablement des chauves-souris frugivores présentes dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest ».

Sylvain Baize, Directeur du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l'institut Pasteur de Lyon, où le virus actuel de Guinée a été identifié en mars a, d’autre part, indiqué à France Info qu'il reste "prudent" sur ce "patient zéro". Selon lui, il est important de le retrouver car « retrouver le patient zéro et savoir comment il a été contaminé à partir de la faune sauvage probablement, c'est avoir les clés de la transmission du virus dans cette région ».

Selon le Sous-directeur général de l’OMS, Keiji Fukuda a réaffirmé que l’épidémie de la fièvre Ebola actuellement en Afrique occidentale est parmi « les plus effrayantes » jamais enregistrées depuis l’apparition de la maladie, il y a 40 ans.

Ibrahima Sylla, pour Conakryonline.com

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