François Hollande à Conakry : « A Dakar, je lancerai un nouvel appel à la mobilisation internationale» contre Ebola.

Annoncé depuis quelques jours, le président français est arrivé à Conakry, le 28 novembre 2014. Malgré le soleil de plomb de ce vendredi, il était 13 h 22 lorsque l’avion de l’hôte de marque, François Hollande, s’est immobilisé sur le tarmac de l’aéroport international de Conakry Gbessia.

Le président français vient à Conakry à la suite d’autres célèbres prédécesseurs : Vincent Auriol en 1945, général Charles de Gaulle en 1958, Valérie Giscard d’Estaing en 1978 et Jacques Chirac en 1999.

La particularité de la visite de François Hollande c’est qu’elle a lieu au moment où le pays est stigmatisé et ses frontières bouclées par des voisins immédiats en raison d’une épidémie de la tueuse Ebola.

D’où, les premiers mots de l’hôte de marque en foulant le sol de Guinée : expression de solidarité et de soutien de la France à la Guinée dans sa réponse à l’épidémie d’Ebola.

Des chefs d’Etat africains sont certes venus témoigner de la solidarité de leur peuple à celui de la Guinée. Cependant, il est à noter que François Hollande est le premier chef de l’Etat non africain à venir en Guinée en cette période critique.

Après le cérémonial d’accueil et le protocole qui sied, Alpha Condé a pu apprécier en compagnie de son hôte, François Hollande, les trois conteneurs du fret humanitaire offerts par la France dans le cadre de la riposte à Ebola. En présentant ce don à Alpha Condé, François Hollande a déclaré :

« Je suis venu en Guinée qui n’est pas la seule à vivre cette situation, parce qu’il y a le Liberia et la Sierra Leone. Mais les liens qui existent entre la France et la Guinée nous obligent et ici, je veux saluer les membres du gouvernement, le ministre de la Santé, le ministre du Développement [des ministres français ; NDLR] qui ont été disponibles. Pas simplement pour cette visite d’aujourd’hui, mais dès le premier jour nous où avons eu connaissance de la maladie. Il y a la mobilisation de nos personnels militaires. Je vais les saluer à travers leurs différentes actions. Un centre pour soigner les soignants, un centre et même plusieurs, pour former les soignants. Je veux saluer les organisations qui décident de soigner la population guinéenne. Je suis venu aussi avec un certain nombre de matériels indispensables pour que vous puissiez faire face à cette maladie. Vous avez également, vous-mêmes, avec vos ressources propres qui sont limitées, mis en place un certain nombre de structures et nous avons le devoir de vous soutenir ».

C’est dans cet ordre d’idée que François Hollande a enchaîné : « Demain d’ailleurs, j’irai avec vous au Sommet de la Francophonie et je lancerai un nouvel appel à la mobilisation internationale. Mais la France doit montrer l’exemple. Un exemple sur le plan financier. Nous avons dégagé 100 millions d’Euros ».

Pour lui, « Au-delà de ce que nous pouvons faire pour apporter une aide matérielle, c’est la visite même qui est la plus significative. Aujourd’hui, avec moi, dans ce déplacement, les médecins, le directeur de l’Institut Pasteur. Parce que nous voulons participer aux efforts de recherches pour que nous puissions trouver demain, les vaccins, les tests et toute autre solution pour apaiser, soigner et prévenir. C’est un beau geste que nous faisons tous ensemble. Je dis bien tous ensemble, parce que la France est ici pour apporter un certain nombre de moyens de ressources, de personnels. Mais la Guinée, en faisant aussi des efforts de prévention, évite au monde entier (la France et l’Europe) d’être contaminé par ce terrible virus. Dans cette bataille, c’était très important que 15 ans après la dernière visite d’un Président français que je sois ici, avec vous, apporter l’image de l’amitié, de la solidarité et de l’espoir ».

Visiblement touché par le geste, son esprit et les mots de son hôte, le Président Alpha Condé a indiqué : « Pour le peuple de Guinée, la visite du Président Hollande est un très grand symbole. Si le Président français arrive en Guinée, cela veut dire que tout le monde peut y venir. C’est le premier geste symbolique. Et ça, c’est plus important que même l’aide que la France nous apporte sur le plan militaire. Bien sûr que la France nous a accompagnés dès le début. Mme Girardin [Annick, secrétaire d’Etat au Développement et à la Francophonie auprès des Affaires étrangères et du développement international ; NDLR], c’est [pour] la troisième fois qu’elle vient [de quitter] la Guinée et nous savons que la France a aussi décidé de participer à la coordination [nationale de lutte contre la maladie à virus Ebola ; NDLR]. Nous n’en attendions pas moins d’elle. Je pense que le peuple de Guinée sera très reconnaissant au Président Hollande qui s’est personnellement engagé dans cette bataille que nous menons. A nous aussi de faire tous les efforts pour mettre fin à cette maladie le plus tôt possible et surtout, éviter que les pays qui nous aident ne soient contaminés. Nous avons pris toutes les dispositions pour que quelqu’un ne parte pas de la Guinée avec Ebola. C’est pourquoi, au nom du peuple de Guinée, nous restons très reconnaissants au Président Hollande de sa visite. Il est le quatrième Président à visiter la Guinée. Vous êtes chez vous ».

Quelques instants après cet échange, les deux hommes d’Etat se sont rendus à l’hôpital national Donka pour la visite du Centre de traitement d’Ebola. Un accueil des plus enthousiastes leur y a été réservé le long du parcours jusqu’à l’étape du CHU de Donka où Alpha Condé et François Hollande ont visité et apprécié les installations du laboratoire de l’Institut Pasteur et du Centre de traitement d’Ebola. Ils ont bouclé la visite des lieux par une séance de travail autour de la réponse à Ebola avec les différents acteurs engagés dans cette lutte.

Le Coordinateur national de la lutte contre cette maladie a fait le point de situation épidémiologique du virus en Guinée. Dr Sakoba Kéita a saisi l’occasion pour parler des écueils dans la lutte engagée contre cette pathologie.

Il sera suivi et appuyé par les représentants de MSF, de la Croix-Rouge et du PAM afin de permettre au président français de s’imprégner de la situation de la maladie. Ce dernier a rassuré de sa volonté d’aider la Guinée à venir à bout de la maladie dans le plus bref délai.

Au palais Mohamed V, le séjour de François Hollande sera marqué par un échange de décorations : Alpha Condé a reçu de François Hollande, les insignes de Grand-croix de l’Ordre national de la Légion d’honneur de la République française et François Hollande, de son côté, a reçu de son hôte, les insignes de Grand-croix de l’Ordre national du Mérite de la République de Guinée.

Cette cérémonie sera suivie de la signature du protocole d’accord entre l’Institut Pasteur et le gouvernement guinéen : du côté de l’Institut Pasteur, c’est son directeur général, Christian Brechot qui a apposé sa signature. Et, du côté guinéen, ce sont les ministres d’Etat, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Baïlo Téliwel Diallo et de la Santé de l’Hygiène publique, médecin-colonel Rémy Lamah qui ont signé ledit document.

C’est une conférence de presse conjointe des deux présidents qui a mis fin aux activités du séjour de François Hollande en Guinée. Il devait, quelques instants plus tard, reprendre son avion pour Dakar, au Sénégal, en compagnie du Président Alpha Condé pour le Sommet de la Francophonie.

Ibrahima Sory Yansané pour Conakryonline.com

Top Top