Ibrahima Abe Sylla de la NGR parle et accuse

Dans une interview récemment accordée à des confrères présents au Sommet Etats-Unis-Afrique de Washington, le leader de la NGR a donné son point de vue sur l’actualité intérieure de la Guinée. Ibrahima Abe Sylla a parlé de quelques uns de ses projets qu’il n’a pu réaliser en raison selon lui, de « la méconnaissance ou l’amateurisme politique des dirigeants » d’une certaine « époque » de la vie de notre pays. Un doigt accusateur et même pointé par cet homme peu disert de nature, sur un ancien Premier ministre, aujourd’hui dans l’opposition, Sidya Touré.

A l’entame de l’entretien, Ibrahima Abe Sylla estime que « Malgré les retards enregistrés ici et là au cours des quatre dernières années, notre démocratie progresse à son propre rythme. Je conserve mon optimiste en ce qui concerne l’instauration de la démocratie, la bonne gouvernance et le bon fonctionnement des institutions républicaines. L’assemblée nationale a été mise en place avec la participation effective de l’opposition et de la mouvance présidentielle ».

Par rapport à l’opérateur technique, partenaire de la CENI, l’homme politique dont le parti a un député à l’Assemblée nationale, affirme que « Des discussions sont en cours pour le choix d’un nouveau système de gestion numérique du Fichier électoral en remplacement du système controversé de Waymark ». Candidat malheureux à la présidentielle de 2010 et aux législatives de 2013, il reconnait, sans rancœur, les progrès en cours de réalisation : « L’organisation des élections municipales est à l’horizon. En somme, notre processus de démocratisation de la vie publique est en marche et je ne  vois pas qu’est-ce qui pourrait l’arrêter ».

Abordant le sujet des résultats des audits qui viennent d’être publiés, Abe Sylla déclare que « L’audit en tant que tel, est une bonne chose ». Le Président de la NGR rappelle que « L’audit est une vérification de la conformité d’un processus (norme, réglementation) par rapport à des exigences internes ou externes. L’audit mesure l’efficacité des mesures en place et indique les pistes d’améliorations possibles. L’audit est un instrument de régulation de l’action humaine ».

Ceci étant, l’homme politique « espère que le gouvernement mettra en application les résultats de cet audit afin que les personnes impliquées dans la gestion de la chose publique (quelle que soit leur position sociale, administrative ou politique) soient tenues responsables de leurs actes conformément aux lois en vigueur. L’audit est donc un repère dans notre progression sur la voie de la démocratie », martèle-t-il.

Il faut souligner que M. Sylla prenait part au volet du Sommet USA – Afrique, consacré à  l’investissement privé dans le secteur des Infrastructures. Il a fait savoir que « Ma société, AIS International, est active dans le domaine du développement et de la gestion de projets d’infrastructure notamment dans les télécommunications et l’énergie ».

Et le patron de la NGR de faire une révélation : « En 1996, AIS avait présenté un projet de partenariat public privé (PPP) pour un BOT de production Electrique à TOMBO IV. Nous étions bien avancés sur un modèle qui est devenu aujourd’hui la norme pour faciliter la construction des infrastructures, devenue trop lourde pour les budgets publics ».

Ibrahima Abe Sylla de poursuivre : « En effet en 1996 ma compagnie, AIS Engineering Inc. et ses partenaires "Unified Industries" et "Caterpillar", avaient développé un projet de BOT (Built Operate & Transfer Construire, Exploiter et Transférer) de production électrique. Cette initiative résultait des constats que j’ai pu faire lors de ma première visite en Guinée après une vingtaine d’années d’absence. En effet, j’ai constaté une insuffisance notoire dans le domaine de la production électrique. De retour aux Etats-Unis, j’ai donc initié un projet dont les composantes sont comme suit : Une centrale thermique de 36 MW à Manéa qui devrait être raccordée au réseau de transport de la ligne de Garafiri en vue d’alimenter les villes de Conakry, Dubréka et Kindia ; Une centrale de 6 MW à Mamou pour la ligne de transmission du barrage de Kinkong à Pita qui devait permettre de satisfaire les besoins d’une bonne partie de la Moyenne Guinée ; Une centrale de 6MW à Faranah raccordée au réseau de transmission du barrage de Dabola afin d’alimenter les villes de Dabola, Faranah et Dinguiraye ; Une centrale de 6MW à Kankan pour l’alimentation de la ville de Kankan ; et Une centrale de 6MW à Nzérékoré ».

Il soutient que « Ce projet avait été présenté au Président de la République défunt, Lansana Conté, qui avait alors instruit le gouvernement de négocier un contrat de BOT avec AIS et ses partenaires Américains. Les départements suivants ont ainsi participé à la préparation du protocole d’accord de concession et d’accord d’achat de l’énergie produite : les grands Projets [ACGP ; NDLR], EDG représentée par son Directeur général et le Ministère de l’Energie représenté par le Ministre.

De retour aux Etats-Unis, nous avions finalisé la conception, l’ingénierie et la planification de la construction des différents sites et lancé les commandes des équipements. Les montages financiers ont été aussi finalisés avec différentes institutions pour le financement du projet notamment, les fonds propres de AIS et ses partenaires, l’OPIC qui est l’agence américaine pour le financement de projets dans les pays en voie de développement, Eximbank des USA  et la BAD (avec le soutien de Susan Rice alors représentante des USA à la BAD).

Au moment où nous achevions la fabrication et les essais des différents équipements ainsi que la préparation des sites pour commencer la phase de déploiement, feu le Président Conté venait de nommer pour la première fois [2ème fois, après Diarra Traoré ; NDLR], un Premier ministre en la personne de M. Sidya Touré ».

L’interlocuteur de faire aussitôt un déballage assorti d’une accusation : « Il est remarquable que l’une des premières décisions du nouveau Premier ministre a été l’annulation de notre projet de BOT au profit d’un contrat gré-à-gré pour l’achat d’une série de groupes électrogènes d’occasion. Ces groupes qui avaient été installés pour l’éclairage de la ville de Conakry.

Cet épisode illustre ma première déconvenue avec les autorités d’alors. Ce fut déprimant de perdre un projet que j’avais judicieusement préparé pour couvrir les besoins de plusieurs régions de notre pays. Notre projet permettait non seulement de satisfaire les besoins de l’époque mais, il avait également le potentiel de se développer pour s’adapter à la demande croissante en énergie électrique.

C’est ainsi que certains anciens dirigeants de notre pays ont contribué chacun à sa manière à produire la situation actuelle de notre pays. Il n’est plus á démontrer le retard économique et social que nous connaissons est étroitement lié á l’insuffisance des capacités de production électrique ».

Le leader de la NGR de conclure son intervention par l’appréciation de l’entretien qui, selon lui, a été « l’occasion pour apporter la lumière sur un des projets que je pouvais exécuter à l’avantage du développement de mon pays ». Toutefois, souligne-t-il, amer : « la non-exécution de mon projet est imputable à la méconnaissance ou l’amateurisme politique des dirigeants de l’époque ».

 

Bangaly Sylla, pour Conakryonline.com

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