Medias : Quand RFI soutient Alpha

Dans la soirée du mardi 26 juillet 2009, le conseil national de la communication (CNC), l’organe en charge de la régulation du fonctionnement des médias en Guinée, par le bais de sa présidente, Martine Condé, a rendu public un communiqué dans lequel l’institution décide de : « la suspension temporaire de toute émission, ou de tout article relatif à l’attentat contre la vie du Chef de l’Etat, ainsi que toute émission interactive à caractère politique en français et dans toutes les langues nationales sur toute l’étendue du territoire. » Se voulant plus précis, le communiqué du CNC ajoute même que : « Sont concernés tous les organes d’information publics et privés (Radios télévisions publiques et privées, Presse écrite et Presse en ligne) »

Tout de suite, comme on  pouvait s’y attendre, c’est un véritable tollé de la part des principales  associations de presse en Guinée. Toutes estiment qu’il n’est pas question de se soumettre à cette décision qualifiée d’« anticonstitutionnelle ». Aussi curieux et incompréhensible que cela peut l’être, rfi décide de se conformer à la décision. La radio mondiale s’y plie au point de bouleverser son propre programme. Une attitude non seulement incompréhensible mais aussi qui donne une certaine idée de la notion d’indépendance de ces médias du nord, prompts à donner des leçons.

Le mercredi 27 juillet, à l’intention des milliers d’auditeurs qui
avaient leurs oreilles collées à leur transistor, en vue de suivre la deuxième
partie de l’émission "Appels sur l’actualité" de rfi, Juan Gomez a eu
le discours ci-après : « Nous avions prévu aujourd’hui de consacrer
cette deuxième partie de l’émission à l’attaque menée la semaine dernière
contre la résidence du président guinéen. Nous souhaitions vous donner la
parole sur la gestion de ce dossier par les autorités ». L’usage de
l’imparfait sous-tend que la donne a changé. En cause, poursuit Juan :
« Mais hier, le conseil national de la communication de Guinée a pris la
décision de suspendre temporairement, notamment les émissions interactives
relatives à l’attentat contre la vie du chef de l’Etat ». Le très
populaire animateur de l’émission va jusqu’à mentionner : « Et le
communiqué du  CNC de préciser que tout
manquement à cette décision sera sanctionné conformément à la loi ». En
conséquence, dans une attitude singulièrement républicaine et se faisant
porte-voix de la radio française, Juan Gomez achève : « Nous nous
conformons bien évidemment à ce décret ». Comme si c’était tout naturel
que de se conformer à cette décision. On remarquera au passage qu’entre-temps,
le communiqué du CNC est devenu un décret. En lieu et place, c’est le thème sur
« la polémique autour des fichiers électoraux » qui fait son retour,
au pied levé. En ce mardi 2 août, Zéphyrin Kouadio qui animait la même émission
et en annonçant le retour du thème sur la tentative d’assassinat du chef de l’Etat
guinéen, a clairement déclaré que l’annulation du précédent sur thème était une
décision qui émanait de la direction même de rfi.

Cette attitude peut surprendre plus d’un. C’est plutôt incompréhensible
qu’au moment même où les médias guinéens se débattent pour agrandir les champs
de leur liberté et de leur indépendance vis-à-vis du pouvoir qu’une radio de
l’envergure de rfi s’abaisse à ce point. Il n’y a rien d’étonnant que les
autorités françaises aient des affinités à l’endroit du pouvoir actuel en
Guinée, mais le caractère flagrant et prompt de l’attitude de la direction de
rfi gomme tout idéal d’indépendance que l’on pouvait jusque-là nourrir à
l’endroit du traitement que les médias français font de l’actualité. On
comprend un peu mieux l’acharnement avec lequel cette même station s’était
sauvagement acharnée contre le capitaine Dadis, parce que celui-ci n’était pas en
odeur de sainteté du côté du Quai d’Orsay où trônait un certain Bernard
Kouchner.

D’ailleurs,
l’ironie c’est que la même station, il y a de cela quasiment deux ans (c’était
le 2 septembre 2009 et l’article était intitulé " Les débats politiques interactifs interdits à
la radio", NDLR), relayait sur son site
une décision identique du même CNC. A la différence que le président de
l’institution s’appelait à l’époque Jean-Raymond Soumah. Mais surtout, puisqu’à
l’époque, celui qui présidait aux destinées du pays avait pour nom Dadis,
l’article de rfi avait pris soin de mettre en relief le fait que l’ONG Human
Rights Watch (HRW) ait demandé à la junte de : « cesser
les actes d'intimidation et les menaces contre les personnes qui expriment leur
désaccord ». « Des opposants politiques et au moins
un activiste des droits humains qui ont critiqué la candidature présumée du
capitaine Moussa Dadis Camara ont reçu des menaces ces derniers jours ».
Rfi avait également à l’époque relevé dans son article le fait que les
principaux responsables des associations de presse en Guinée se soient élevés
contre la décision de restriction de la liberté de la presse. Cette fois-ci,
non seulement rfi avait quelque peu boudé l’événement, mais également, il avait
choisi de s’y conformer.

On devrait alors tout
simplement dire à rfi, comme Tiken Jah Fakoly l’a fait avec les véritables
responsables de la radio : "On a tout compris". L’indépendance
version rfi, on la connait, on a plus besoin d’aucune formation. Ce qui s’est
passé dans l’émission de Juan Gomez vaut mieux que tous les modules.

Fodé Mara  

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