OPINION: CRIME CONTRE L’HUMANITE A WOMEY

L’article 7 du statut de Rome définit «crime contre l’humanité» comme l’un des actes ci-après commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile et en connaissance de cette attaque: meurtre, extermination, réduction en esclavage, déportation ou transfert forcé de population, emprisonnement ou autre forme de privation grave en violation des dispositions fondamentales du droit international, torture,…, persécution de tout groupe ou toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international. …Par disparitions forcées, on entend les cas où des personnes sont arrêtées, détenues ou enlevées par un État ou une organisation politique ou avec l'autorisation, l'appui ou l'assentiment de cet État ou de cette organisation, qui refuse ensuite d'admettre que ces personnes sont privées de liberté ou de révéler le sort qui leur est réservé ou l'endroit où elles se trouvent, dans l'intention de les soustraire à la protection de la loi pendant une période prolongée.

Aujourd’hui, au 21e siècle, le village de Womey, une sous-préfecture située à quelques 50 km de N’zérékoré, chef-lieu de la région administrative de N’zérékoré, est vidé de sa population et un camp militaire y est érigé. Une population d’environ cinq mille habitants vit en brousse, démunie ou dépourvue de moyens de survie et de subsistance. On nous rapporte que des femmes en grossesse meurent en brousse suite à des morsures de serpents. Des enfants et vieillards vivent dans la jungle parce que chassés de leur village. Les habitants des villages voisins sont sommés de ne pas recevoir les habitants de Womey. La radio rurale de N’zérékoré est transformée en radio mille collines et diffuse des communiqués en pompe mettant en garde toute personne des villages voisins de recevoir un habitant de Womey et invitant toute personne qui serait venue en contact avec un habitant de Womey de le livrer aux autorités. 
Ce crime contre l’humanité contre la population de Womey est planifié et commandité par le gouvernement de Mr. Alpha Condé, président de la République de Guinée, dont les bourreaux de ce plan machiavélique sont le préfet de N’zérékoré, Mr. Aboubacar M’bop Camara et le gouverneur de la région administrative de N’zérékoré, Mr. Lancei Condé.
A l’origine de ce crime, une campagne de sensibilisation contre la fièvre hémorragique à virus Ebola qui a tourné au drame le 16 Septembre 2014 avec des pertes en vies humaines. Ces tueries furent condamnées par tout le monde y compris les fils et filles de la région administrative de N’zérékoré, même si les circonstances qui ont conduit à ces crimes restent pour le moins obscures. Pour aider à la manifestation de la vérité et veiller à ce que les coupables soient identifiés et punis à la hauteur de leurs forfaitures, les ressortissants de la région de N’zérékoré ont constitué un comité de crise et une mission d’enquête composée d’avocats, de journalistes, et membres d’ONG, fut dépêchée à Womey pour recueillir les preuves de ces faits. Mais arrivée à Womey, l’équipe d’enquêteurs fait un constat alarmant: le village est vide, les maisons sont vandalisées et vidées de leurs contenus, le gouverneur et le préfet y ont installé un camp militaire et ce sont ces militaires envoyés par ces deux commis de l’Etat qui pillent le village, violent toute femme qui pointe le nez à la recherche du moindre ustensile de cuisine afin d’aller se débrouiller dans la brousse avec ses enfants. Après avoir fait ce constat alarmant, les membres de la mission d’enquête ont été arrêtés, séquestrés, et dépouillés de leurs outils de travail par les militaires aux ordres du gouverneur et du préfet de N’zérékoré.
S’il est vrai que les tueries qui ont eu lieu à Womey le 16 Septembre 2014 sont condamnables à tout point de vue, les crimes qui y sont en train d’être perpétrés contre la population sont plus graves et plus condamnables. Pourquoi en effet vider un village de plus cinq mille habitants de sa population parce qu’une poignée d’habitants de ce village ont commis des crimes? Pourquoi forcer les enfants, les vieilles personnes, les femmes à trouver refuge dans la brousse? Pourquoi faire piller tout un village par des militaires sans foi ni loi et nous faire croire que ce sont les villageois qui ont pillé leur village avant de s’enfuir ? Quels intérêts les villageois ont-ils à piller leur propre village, fruit de millier d’années d’effort et de construction ? Pourquoi identifier et cibler une population innocente et l’assujettir à des traitements cruels? Pourquoi le gouverneur et le préfet ne veulent pas permettre la tenue d’enquêtes indépendantes et transparentes pendant qu’ils continuent des arrestations arbitraires? Ce qui s’est passé à Womey n’est pas inédit mais jamais on n’a vidé un village de sa population. C’est seulement à Womey ou cela se passe aujourd’hui sous l’œil coupable de Mr. Alpha condé, président de la République de Guinée. Cela est un crime contre l’humanité et une violation grave des lois internationales.
Il convient de rappeler que le gouvernement de Mr. Alpha Condé n’est pas à sa première commission de crime contre l’humanité contre l’ethnie kpèllè de la Guinée Forestière. En 2012 des militaires dispatchés de N’zérékoré avaient nuitamment et froidement abattu des habitants de Zowota en plein sommeil. Il y a eu des crimes similaires à Saoulo, Galakpaye, Lainé et j’en passe. Dans tous ces villages, les habitants ont été abattus parce qu’ils réclamaient leurs droits après avoir été expropriés de leurs terres au profit de compagnies d’exploitation agricole ou minière.
Nous attirons l’attention de la communauté internationale sur l’attitude hostile et punitive du gouvernement de Mr. Alpha Condé à l’égard des populations de la Guinée Forestière au moindre incident. Nous sommes convaincus que le déplacement forcé d’une population de plus de cinq mille habitants avec les pillages et viols qui en résultent répond à la définition de la commission de crime contre l’humanité. Nous demandons à la communauté internationale d’enjoindre au gouvernement de Mr. Alpha Condé de démilitariser immédiatement et sans délai le village de Womey pour que les habitants y retournent afin que les enquêtes pour une justice équitable continuent. Nous demandons à Mr. Alpha Condé de démettre de leurs fonctions les sieurs Camara et Condé, respectivement préfet et gouverneur de N’zérékoré. En effet le préfet et le gouverneur de N’zérékoré faisaient partie de la délégation qui a eu des échauffourées à Womey. En tant que tels, ils doivent être mis en examen ou se constituer en partie civile avec bien entendu la présomption d’innocence pour toutes les parties. Il est impossible de mener des enquêtes crédibles et transparentes aussi longtemps que ces deux commis de l’Etat resteront à leurs postes, car l’on ne peut diligenter une enquête dans laquelle on est présumé être coupable ou victime probable. En demeurant à leurs fonctions, ils vont sans doute obstruer les enquêtes comme ils le font déjà en faisant arrêter les membres d’une mission d’enquête. 
Nous prenons à témoins l’opinion nationale et internationale sur les risques de tels agissements de la part d’un gouvernement contre une population ciblée. Ceci est une déclaration de guerre contre une population désarmée. Le droit à la vie est universel et nul n’a le droit de priver l’autre du sien. 
Foromo Emile LAMAH, CPA
emile_lamah(at)hotmail.com

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