Pouvoir et Opposition: le dialogue de sourds

On avait nourri l’espoir qu’au sortir des élections législatives, aucune manifestation, fut-elle pacifique, n’aurait plus cours dans le pays. Et que l’espace de dialogue et de discussion serait désormais, l’Assemblée nationale. Que nenni. L’opposition parlementaire et extraparlementaire réunie sous la bannière de l’opposition républicaine, projette la reprise de ses manifestations qui, faut-il le rappeler, avaient causé d’énormes désagréments. Des comices pourtant, qualifiés de pacifiques à leurs origines.

Aussitôt, une hantise s’est installée chez nombre de citoyens qui ont encore en mémoire les bilans macabres de ces folles journées.

En effet, le pouvoir et sa mouvance ainsi que l’opposition républicaine viennent de boucler un autre dialogue dont le clou final devait consister en la signature par les différents participants du document final. Hélas !

Pour Dr Faya Millimouno du Bloc libéral, le camp du pouvoir n’était représenté que par des marionnettes : « Nous avons l’impression qu’il y avait des gens autour de la table mais, les décisions par rapport au dialogue ne se prenaient pas autour de la table ». Le Président du Bloc libéral de marteler : « On s’était entendu sur un ordre du jour. C’est lorsque quelqu’un, ailleurs, a fait pression que, les mêmes gens qui étaient d’accord avec nous sont venus le lendemain pour dire qu’on n’est plus d’accord ». Dr Faya Millimouno de préciser sa pensée : « Autour de la table, avec les membres du gouvernement, le RPG, la CENI, on s’est entendu sur quelque chose, c’est par après qu’il nous a été signifié que l’on n’est pas prêt à porter ces choses-là dans le document de manière claire et nette ».

Ainsi, par rapport à la décision de renouer avec les manifestations, le politicien rapporte : « L’opposition a décidé donc, d’interpeler le Ministre de la Justice[Modérateur du dialogue ; NDLR] d’envisager une conférence de presse pour commencer à préparer l’opinion à la nécessité d’obliger ce gouvernement, Alpha Condé, notamment, à respecter le consensus national. Et nous allons [les partis d’opposition ; NDLR] également le faire à travers des meetings. Donc, dans les jours qui vont suivre, vous allez nous entendre ».

En d’autres termes, le Porte-parole de l’Opposition, Aboubacar Sylla, précise : « Nous allons saisir le Ministre de la Justice, puisque Présidant le dialogue, pour lui demander de prendre ses responsabilités et de faire appliquer tout ce qui a été convenu pour que cela soit signé ».

Il faut signaler, qu’au terme du dialogue, l’opposition et le pouvoir étaient d’avis pour le choix d’un nouvel opérateur technique dans la perspective de la mise à jour du Fichier électoral pour la présidentielle de 2015. Un choix qui devra se faire au terme d’un appel d’offres international. D’autre part, la CENI est invitée à solliciter l’assistance des partenaires techniques et financiers pour la mise à disposition d'une expertise technique en vue de l’assister dans le processus d’élaboration du dossier d’appel d’offres et de son suivi.

Comme dernier élément d’accord, les deux parties accordent à la CENI l’élaboration d’un calendrier lié aussi bien au choix de l’opérateur technique qu’à la révision du Fichier électoral.

On considère que ceci est un pas important. Même au regard de la nouvelle donne qui se dessine avec la décision de l’opposition, le Porte-parole du gouvernement semble optimiste. Albert Damantang Camara déclare : « Nous trouverons sans doute un terrain d’entente avant ou après leur manifestation. Notre principal point de discorde réside dans l’éventualité de l’exclusion expresse de l’opérateur technique de l’appel d’offres qui va être lancé pour recruter celui qui va s’occuper du fichier électoral des prochaines élections. L’opposition l’exige alors que rien ne le prévoit dans l’Accord du 3 juillet 2013. Plus grave, cela risque de rendre cet appel d’offre illégal. C’est alors, le gouvernement qui serait en difficulté, pas l’opposition », a-t-il relevé avant d’ajouter :« La seule exigence de l’Accord du 3 juillet est que cet appel d’offres soit international et conforme au Code des marchés publics. Si l’ancien opérateur est aussi défaillant que cela  alors, il n’a aucune chance de gagner ce nouvel appel d’offres ».

Selon le Ministre – Porte-parole du gouvernement, « Il faut faire attention avec ce genre de réclamations. Si on va au bout de la logique qui les sous-tend, ça veut dire qu’il faut exclure tous les opérateurs dont les fichiers électoraux présentent des anomalies, notamment celui de la présidentielle 2010 et ses milliers de doublons et incohérences géographiques entre autres défaillances. Ça veut dire aussi que la mouvance présidentielle est en droit d’exiger de l’opposition des choses qui n’étaient pas prévues lors de la signature de l’Accord ».

Aboubacar Sylla réagit en estimant, « pour nous, il s'agit d'une volonté délibérée pour saboter ce dialogue politique guinéen ». Il poursuit : « Nous sommes encore retombés dans la même impasse. Nous sommes dans une situation où il n'est pas question, pour nous, de signer un accord de conclusions qui n'est pas le reflet fidèle des discussions intervenues ou des accords sur lesquels on s'est entendu ».

Exclure le couple Waymark – Sabary technology ne semble donc pas, pour lui, la solution : « Cette histoire d’exclusion n’est donc pas une solution. C’est beaucoup de bruits pour un résultat qui risque d’être minime. Qui empêchera le même opérateur (ou ses employés) de réapparaitre sous un autre nom ou une autre forme ou alliance juridique ? », s’interroge-t-il.

Face à ce qui peut être qualifié de "dialogue de sourds", le Porte-parole de l’opposition, Aboubacar Sylla, d’annoncer : « Dès le 4 Août prochain, nous allons organiser un meeting géant pour sensibiliser nos militants et sympathisants de Conakry ».

De son côté, Dr Fodé Oussou Fofana, de l’UFDG et délégué au dialogue, a un regard du petit bout de la lorgnette : « Les manifestations politiques ne devraient plus se limiter à Conakry. Aujourd’hui, c’est tout le peuple de Guinée qui a ras-le-bol de cette mauvaise gouvernance, doublée d’une mauvaise foi du régime Alpha Condé. Il faut que ça s’arrête ! » Le Vice-président de l’UFDG d’accuser : « L’opposition a parfaitement raison. C’est le Président Alpha Condé qui veut des manifestations permanentes tout le long de son mandat pour justifier son incapacité à satisfaire les préoccupations de nos concitoyens ».

Accusation reprise par Aboubacar Sylla : « Le problème en fait, c'est le Président de la République qui s'oppose systématiquement à tout accord politique et même à toute procédure pouvant amener à un dialogue structuré et organisé pouvant déboucher sur des conclusions effectivement applicables ».

Le Secrétaire général du RPG Arc-en-ciel qualifie de faux problème, les revendications avancées par l’opposition : « La déclaration de l’opposition nous étonne en ce sens que les points de revendication qui ont été soumis, il y en a assez que nous avons partagés avec l’opposition. Mais, il ne faut pas aller au-delà de ses attributions. Alors que l’opposition demande plus qu’il n’en faut. Nous avons un point de repère ici qui est le document de l’Accord du 3 juillet 2013. Ce document est sous la main. Tous les points sont inscrits maintenant, aller au-delà de ces points, c’est créer des faux problèmes ».

Saloum Cissé de regretter le meeting annoncé pour le 4 août de l’opposition : « Moi, je sais que ce meeting-là n’a pas son fondement. Si la porte est hermétiquement fermée, on pouvait dire que le meeting a un sens, mais la porte est grandement ouverte pour le dialogue. C’est pour provoquer le pouvoir », banalise-t-il.

Bangaly Sylla pour Conakryonline.com

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