RECONCILIATION NATIONALE : Et si les victimes du camp Boiro en faisaient trop

Comme on pouvait s’y attendre, la mise en place de la commission provisoire de réconciliation nationale que président les deux plus grandes personnalités religieuses de Guinée, l’imam de la grande mosquée de Conakry, Elh. Mohamed Salifou Camara et l’Archevêque Mgr Vincent Koulibaly, devait susciter des polémiques mettant aux prises, ce qui est tout à fait humain, les hommes et les femmes qui ont géré le pays au cours des cinquante dernières années et les compatriotes qui s’estiment victimes des différents régimes qui se sont succédés.

Mais aller jusqu’à renier cette nouvelle institution dont le rôle se résume à la prise de contact avec les différents acteurs de la vie nationale en vue de la mise en place d’une formule à la guinéenne, un dialogue inclusif devant déboucher sur tout le succès escompté relève d’un certain zèle inadmissible de
la part du porte flambeau de l’Association des enfants des victimes du camp Boiro, Fodé Maréga qui exige dès à présent et unilatéralement, une commission vérité, justice, réconciliation.

En effet, pendant que les Guinéens indépendamment de leur obédience politique se réjouissent de ce premier acte posé par le chef de l’Etat, Pr Alpha Condé, dans le cadre de l’amorce du processus de réconciliation nationale, le
président de l’association des enfants des victimes du camp Boiro, Fodé Maréga lui pense qu’il fallait autrement. Il est pour ce faire monté au créneau, par média interposé, pour dénoncer avec véhémence les propos du chef de l’Etat qui, avant de mettre ce comité provisoire, a déclaré que la Guinée n’étant pas l’Afrique du Sud, il y a lieu de chercher une formule de dialogue devant déboucher sur la réconciliation nationale réellement souhaitée par tous et chacun des compatriotes. Ainsi, seul le résultat compte, pour qu’une page de l’histoire soit définitivement tournée en Guinée.

Ce que Maréga conteste dans la forme et dans le fond. Il exige, pour une sortie
prochaine de crise, que soit mise en place avant toute discussion, une commission nationale de vérité, justice et réconciliation. Parce que, selon lui,
c’est seulement en procédant de cette manière que des charniers qui existeraient un peu partout en Guinée seront localisés, les victimes réhabilitées et leurs progénitures automatiquement dédommagées. Est-ce possible ? L’avenir nous le dira.

Mais avant, certains observateurs trouvent que cette réclamation de Maréga est

quelque peu prétentieuse, et de surcroit, repousse d’un revers de main tous les principes du jeu démocratique qui sied en pareille situation. D’autant plus que la commission mise en place ne fait prospecter dans l’objectif d’aboutir à une autre commission, la vraie cette fois, qui se chargera de la réconciliation
nationale. Elle pourra, sait-on jamais, être une commission nationale vérité,
justice et réconciliation comme le préconise Fodé Maréga ou pas. L’objectif
primordial étant de sauver l’essentiel, la Guinée.

Derrière ces exigences du Président des enfants des victimes du camp Boiro, il
faut voir une certaine passion que chacun devrait taire absolument, au risque
de passer cette fois encore, à coté du sujet.

Etant donné qu’à coté de l’exigence de la mise en place de ladite commission
vérité, justice et réconciliation, il n’est pas exclu que d’autres compatriotes
aient d’autres propositions plus réaliste et plus adaptée à la Guinée.

En attendant faut-il que le président de l’Association des victimes du camp
Boiro comprenne que dorénavant dans le processus de réconciliation qui sera
engagé, nul ne peut prétendre avoir d’avance raison. C’est à ce prix d’ailleurs
que le dialogue débouchera sur le résultat escompté. Car, sous les régimes qui
se sont succédés en Guinée, il n’est point rare de voir que certains barons qui
ont initié et renforcer certaines pratiques se fassent prendre, par la suite, à
leurs propre pièges. La Guinée et donc plaine de ces bourreaux-victimes,
victimes bourreaux que seul le dialogue pourrait rendre la compression aisée.
La saura-t-on un jour ?



Celestin Tinguiano pour CONAKRYONLINE

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