TOURNEE DE CELLOU : Une Com’ à repenser

Depuis quelques jours, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) est à l’assaut de certaines grandes villes américaines. S’inscrivant dans le cadre de la remobilisation des troupes, mais aussi de celui de la mobilisation des ressources nécessaires aux prochaines joutes électorales, cette tournée est aussi une tribune permettant à Cellou Dalein Diallo de réaffirmer son autorité et sa légitimité à la tête du parti.

Sentant que cela passe peut-être par un discours corsé, il se laisse aller à des menaces et à des allusions qui ne le servent pas forcément. Mais en réalité, les erreurs en rapport avec cette tournée ont commencé bien avant.

 

Bah Oury absent

En termes de communication, la première erreur que l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) ait commise, c’est celle d’avoir annoncé le vice-président du parti et de n’avoir pas réussi à faire venir Bah Oury aux Etats-Unis. Ce qui ne veut pas dire que le parti aurait dû passer outre le refus du Consulat des Etats-Unis. Non ! Mais il aurait cependant pu s’abstenir de faire l’annonce avant d’avoir eu la certitude qu’aucun obstacle ne se dressait désormais sur le chemin permettant aux deux leaders de fouler le sol américain. Car autant la présence de Bah Oury aux côtés de Cellou aurait été le jackpot, autant sa présence avortée fait un flop. Ça donne du parti l’image d’une structure où les choses ne sont pas forcément bien planifiées. On a l’impression qu’on y procède un peu avec de l’à-peu-près et l’improvisation. En gros, ça manque d’approche professionnelle.

L’alliance avec la Basse Guinée

Outre ce premier couac, Cellou Dalein lui-même, dans ses prises de position, n’aura pas particulièrement bien communiqué. Ce problème ressort surtout à travers son discours à Chicago. Globalement, on retient qu’il était vraiment remonté. Autant, il en avait après le pouvoir actuel, autant il voulait convaincre son auditoire qu’il est bien le commandant qu’il faut pour la barque UFDG. Par ailleurs, plus que jamais, le chef de file de l’opposition a laissé éclater sa folle envie de détrôner Alpha Condé en 2015. Jusqu’ici, rien de franchement blâmable.

Cependant, pour entretenir l’espoir au sein de ses militants, quant aux échéances qui se profilent, il a révélé avoir noué une alliance avec la Basse Guinée. Vu que Dr. Ousmane Bangoura, représentant d’une des tendances de la coordination de cette région guinéenne était à ses côtés, il paraissait crédible dans ce qu’il dit. Mais la question est bien celle de savoir s’il avait nécessairement besoin de révéler l’existence de ce deal éventuel ? N’était-il plus important pour lui de garder un tel secret dans les placards ? En effet, maintenant qu’il a rendu publique cette alliance, il ne facilite pas la tâche de ceux de la région côtière qui souhaitaient l’aider à ratisser large. Parce qu’ils sont désormais démasqués.

Un discours qui frise l’ethnicisme

Dans ce discours, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a, à plusieurs reprises, flétri les tendances communautaristes et exclusionnistes du pouvoir actuel. Mais face à ces fléaux, se sera-t-il présenté comme une alternative crédible? Ce n’est pas certain. D’abord, à propos toujours de la Basse Guinée, il a lancé à l’endroit de son auditoire, « (ils) veulent nous reconnaître comme leurs maîtres. (…) ils voteront pour nous et en cas de guerre, ils nous aideront ». A ce niveau, la question est celle de savoir qui le président de l’UFDG désigne-t-il par « Nous » ? Qui, dans cet extrait, se cache derrière ce pronom personnel ? A son corps défendant, ne confirme-t-il pas là certaines critiques qui sont dirigées contre sa formation politique ? Surtout qu’à certains moments de son discours, il assenait son message dans une des langues nationales du pays. Ne sous-entendait-il pas alors que seuls les locuteurs de cette langue-là étaient dans la salle ? Et puis, le concept « maîtres » ? Pourquoi s’en est-il servi ? Il a certainement voulu dire « maîtres coraniques ». Mais puis qu’il s’est limité au premier mot, ne risque-t-il pas de raviver la question du manden djallon ?

La fibre émotive

Parmi les griefs qui avaient été adressés à Cellou Dalein Diallo au lendemain des élections de 2010, il y a le fait qu’il se laisse très vite aller à des réactions émotives. On peut naturellement comprendre qu’il soit sensible à la répression dont ses militants ont fait l’objet ces dernières années. Il est même souhaitable qu’un leader politique ne fasse pas de l’abstraction son principe de fonctionnement de base. On a besoin de leaders qui soient capables d’éprouver des sentiments humains. Mais pour autant, Cellou Dalein avait-il un quelconque intérêt à aller jusque dans les détails ? Se devait-il de décrire les circonstances dramatiques dans lesquels certains ont trouvé la mort ? Avait-il nécessairement besoin de pousser le bouchon au point de révéler toutes les formes de tortures morales (frais de transports, rançons, blâmes, humiliations) qui seraient imposées aux parents des jeunes interpellés à la faveur des manifestations ? Ce n’était pas particulièrement utile. Parce que ce genre de discours ne contribue qu’à consolider la haine et la rancœur. Des sentiments qui, non seulement, ne sont pas de nature à aider à la cohésion nationale, mais qui pourraient paradoxalement se retourner contre lui-même, si jamais il a la chance d’accéder au pouvoir.

Pourquoi le concept de « guerre » ?

Enfin, dans son discours, il a laissé entrevoir l’éventualité d’une guerre qui résulterait de la fraude en sa défaveur, lors des échéances de 2015. Certes, depuis quelque temps, il profite de chacune de ses sorties pour dire qu’il ne se laissera pas faire s’il était volé. Mise en garde légitime et compréhensible, en soi. Mais est-il besoin de mentionner explicitement le concept de « guerre » pour se faire entendre ? Avec une telle expression comme leitmotiv, Cellou Dalein Diallo ne ferait-il pas davantage fuir du monde au lieu d’en attirer ? Parce qu’au-delà des divergences politiques, personne ne souhaite que le pays connaisse un conflit armé.  Avec un tel discours, il est évident que Cellou ne peut que perdre la crédibilité qu’il inspirait auprès de certains citoyens guinéens, au-delà de sa formation politique. Sans oublier qu’il peut passer pour quelqu’un qui, devant une défaite qui lui parait de plus en plus inévitable, cède à la panique.

Comme on le voit, cette première sortie, aussi bien sur le fond que sur la forme, n’est pas des plus réussies. Parce que d’elle, plusieurs interprétations nocives pour son auteur, sont possibles. Autrement, à la base, il est possible que le discours ait été prononcé juste pour attirer notamment l’attention de la communauté internationale dont la forte implication dans les prochaines consultations électorale est, aux yeux de l’opposition guinéenne, la garantie pour un processus électoral transparent et équitable.    

Joe Touré, pour Conakryonline.com

 

 

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